Une saison de 82 matchs, parfois ça peut être long, très long ou même trop long diront certains. En effet, lorsque tout est déjà plus ou moins décidé au classement et que les matchs n’ont plus de signification, rares sont les fans du CH qui trouvent intéressant un duel Montréal-Caroline ou Montréal-New Jersey. Toutefois, il y a certains matchs qui ont toujours une importance : ce n’est pas une question de points au classement mais tout simplement d’honneur. Il est de ces équipes que les joueurs d’une franchise se plaisent à détester et à Montréal, l’une d’entre elles est définitivement les Bruins de Boston. Même si les deux équipes s’affrontent en fin de calendrier et qu’aucune des deux ne peut faire les séries, tous les acteurs de ce nouveau chapitre de la rivalité demeurent présents.
Qui ne se souvient pas de la réaction de Brendan Gallagher lorsque Max Domi fut échangé aux Canadiens l’été dernier? Sur son compte Instagram, le fanfaron petit numéro 11 a publié une photo datant de sa conquête de la médaille d’or aux championnats du monde aux côtés de Domi et de Brad Marchand. En légende, Gallagher a écrit: « J’ai aimé gagner avec toi, on le refait! P.S. Maintenant tu détestes le gars qui est sous ton bras droit (Marchand) ». Plus de 30 000 utilisateurs d’Instagram ont aimé ce simple commentaire. Pourquoi? Parce que les fans du CH détestent tout autant les Bruins que les joueurs eux-mêmes.
La rivalité entre les deux formations ne date pas d’hier. En effet, les Bruins furent la première équipe américaine à se joindre à la ligue nationale, et suivant la disparition des Maroons de Montréal, les Bruins devinrent les rivaux naturels du Bleu, Blanc, Rouge. Le Canadien a plus de 100 ans, les Bruins s’approchent à grands pas de leur propre centenaire et il s’agit là des deux équipes qui se sont affrontées le plus souvent dans l’histoire de la « grande ligue », tant en saison régulière qu’en séries. Pas étonnant donc qu’autant d’incidents aient contribué à cette rivalité telle qu’elle existe aujourd’hui.
Par exemple, si on remonte au 13 mars 1955, les partisans les plus anciens se souviendront que c’est lors d’un match particulièrement tumultueux que Maurice Richard s’était fait expulsé pour avoir frappé un juge de ligne à deux reprises alors qu’il était aux prises avec Hal Laycoe. Le reste de l’histoire est tristement célèbre : le Rocket rata le reste de la saison et des séries et il perdit le championnat des compteurs au profit de son coéquipier Bernard “Boom Boom… Geoffrion. Ces évènements contre les Bruins menèrent éventuellement à l’émeute du 17 mars 1955 au Forum, le premier match à domicile des Glorieux depuis l’annonce du châtiment imposé à Richard par Clarence Campbell.
Dans les années 60, la Sainte-Flanelle comptait dans ses rangs l’un des plus vénérables bagarreurs de son histoire, John Ferguson Sr. à sa saison recrue en 1963-1964, il se tailla une réputation de dur à cuire en terrassant “Terrible… Ted Green qui jouait bien sà»r pour le vieil ennemi de Boston. Au final, pendant sa première saison dans la ligue nationale, Ferguson pris part à 5 combats et 4 de ceux-ci furent contre des joueurs des Bruins. Plusieurs disaient que Ferguson avait la mèche courte, mais le fait est qu’il ne se battait pas sans raison ou sans provocation. Plus souvent qu’autrement, lorsqu’il jetait les gants, c’était pour défendre l’un de ses coéquipiers et comme les Bruins n’étaient pas particulièrement efficaces au niveau du pointage pendant les années 60, ils s’en remettaient souvent aux poings.
Dans les années 70, alors que Scotty Bowman était à la tête d’un groupe de hockeyeurs extrêmement doués, Don Cherry lui voulait voir ses troupiers pratiquer du jeu physique et intimidant. Malheureusement pour lui, la plupart des fans du CH se souviennent surtout de Cherry pour la bourde monumentale qu’il avait commise dans le 7e match de la demi-finale de 1979 alors qu’il avait envoyé trop d’hommes sur la glace, récoltant un deux minutes de punition. Les Bruins menaient alors l’affrontement ultime par la marque de 4-3, mais le démon blond se chargerait de niveler la marque pendant le jeu de puissance et Yvon Lambert marquerait quant à lui le but vainqueur en prolongation. Il s’agit de l’un des souvenirs préférés d’une génération de fans du Canadien, mais parions que c’est un épisode qui a donné des cauchemars à plus d’un dans l’autre camp et qui a aidé à alimenter la haine envers le tricolore.
Bien sà»r, rien de mieux que l’intensité des séries éliminatoires pour alimenter une rivalité et, de 1984 à 1992, les deux équipes s’affrontèrent à chaque année pendant les séries. Les Bruins sortirent notamment victorieux des affrontements de 1988, 1991 et 1992 grâce à la magie qu’Andy Moog arrivait à faire contre le CH mais, malheureusement pour Raymond Bourque, cela ne leur permis pas de remporter la coupe Stanley. Quant aux Canadiens, ils récoltèrent également leur part de victoires alors que les Bruins se trouvèrent sur leur chemin en route pour le championnat de 1986 et en 1989 alors qu’ils s’inclinèrent en finale de la Coupe Stanley face aux Flames et à l’effroyable moustache de Lanny McDonald.
Plus récemment, l’incident Chara-Pacioretty en 2011 a déjà fait couler bien de l’encre et même si beaucoup d’eau a passé sous les ponts depuis, Chara est encore hué à chaque fois qu’il touche la rondelle à Montréal. Pour tous ceux qui ont vu ce match, le souvenir est encore bien vivant en mémoire, le moment o๠la tête de Pacioretty a frappé le bord de la bande avant qu’il ne se retrouve inerte sur la glace pour de longues minutes. On aurait pu entendre une mouche voler dans le Centre Bell ce soir-là et les partisans n’ont jamais pardonné ni à Chara pour l’assaut, ni à la ligue pour l’absence de suspension. Certains se rappelleront certainement la chanson lancé par Annakin Slayd à ce sujet: Montreal Stand Up:
Max may not be there anymore but every Montreal vs Boston game day brings this song to mind: https://t.co/hPCMN8bK9m Thanks for making it @AnnakinSlayd #GoHabsGo
— Karine Hains (@Pheebs888) November 24, 2018
Autre moment digne de mention, la poignée de main à la fin de la série de 2014 remporté en 7 matchs par le Tricolore. P.K. Subban avait dit qu’il avait hâte d’aller à Boston pour couper le souffle à l’édifice tout entier et il a tenu parole. Les Canadiens l’avaient alors emporté 3-1, envoyant les Bruins (champions de la saison régulière) en vacances. Selon les propos rapportés, Milan Lucic aurait profité de la traditionnelle poignée de main pour proférer des menaces à l’endroit de Dale Weise et d’Alexei Emelin, affirmant notamment à ce dernier qu’il le tuerait la saison d’après...ce qui ne s’est pas réalisé heureusement...
Ce soir, quand la rondelle tombera sur la glace lors de la mise au jeu, vous pouvez être certains que les deux formations, même si elles ont joué hier, seront gonflées à bloc. On dit que la haine est une excellente motivation! Nous aurons encore une fois droit à un duel Rask-Price et, à ce sujet, rappelons que Price est récemment allé battre les Bruins 3-0 à Boston, en profitant pour égaler le nombre de victoires de Patrick Roy avec le club Montréalais. à ce soir pour un nouveau chapitre de cette rivalité si bien entretenue que les années n’ont pas su la tempérer.
