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Légende recherchée par Éric Vignola

October 22, 2009, 2:43 PM ET [28 Comments]
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Ek's note. The last french blogger I posted was received very well. please let me know what you think of Eric Vignola. Cheers.

L’imaginaire collectif est un concept à la fois très simple et très puissant. On prend un peuple, on brasse ses rêves, ses complexes, ses aspirations, ses peurs, ses forces, ses exploits, ses héros, etc. et on essaie de comprendre ce qui le motive, ce qu’il recherche dans ses élites, ce qu’il comprend mieux que les autres et ce qu’il n’arrive pas à voir. Bref, son imaginaire.

L’histoire d’une équipe de hockey influence parfois l’imaginaire d’un peuple, ou d’une population. Par exemple, les partisans des Bruins de Boston adorent Zdeno Chara parce qu’ils voient en lui l’avatar du défenseur-capitaine-leader, à l’imagine de Raymond Bourque et de Bobby Orr. Les partisans des Pingouins de Pittsburgh, eux, semblent avoir besoin du meilleur joueur de la ligue (ou presque) pour être satisfaits de leur équipe (Sydney Crosby, en remplacement de Mario Lemieux). Les partisans des Flyers ne se déplaceraient pas pour une équipe qui ne jouait pas robuste, ça fait partie de ce qu’ils veulent voir dans un match, et ce, depuis longtemps. Difficile de jouer avec un imaginaire.

Les Canadiens, eux, sont aujourd’hui victimes de leur histoire. Cette histoire est remplie de légendes et l’équipe actuelle n’en compte aucune. En fait, la dernière légende du Tricolore a été échangée le 6 décembre 1995. Ça fera 14 ans bientôt. On peut imaginer que les partisans commencent à trouver le temps long.

C’est probablement pourquoi le départ d’Alex Kovalev a tant fait mal : même s’il ne produisait pas un point par match, même s’il n’avait pas le caractère le plus facile, il avait le potentiel de devenir légende. Pour sa part, peut-être l’histoire sera-t-elle moins ingrate envers Saku Koivu que ne l’a été son époque, peut-être verra-t-on son visage surplomber un mur, au Centre Bell. Mais lui aussi est parti.

Dans les joueurs de l’équipe 2009-2010, difficile de trouver quelqu’un dont on pourrait en dire autant. On a bien essayé de nous faire avaler que Carey Price (alias celui qu’on allait inscrire à la suite de l’énumération Georges Vézina – Jacques Plante – Ken Dryden – Patrick Roy) était de ce calibre, mais force est de constater qu’on n’en tirera, au maximum, qu’un très bon gardien (si Jaroslav Halak ne lui ravit pas son poste bientôt). Plusieurs diront qu’on l’a fait passer à la Grande Ligue trop tôt, et ça semble être le pronostic de Bob Gainey aussi. Les légendes, maintenant, il les cache, il est protège. Parce que des légendes potentielles, on en a en relève. Qui n’a pas rêvé d’un David Desharnais à l’image et à la ressemblance de Martin Saint-Louis ? Qui n’est pas tombé sous le charme de P. K. Subban ? Qui n’attend pas avec impatience Louis Leblanc, ce centre offensif droitier qui poursuit son développement à Harvard ?

Sans parler des frères Kostitsyn, qu’on voyait (qu’on voit encore ?) grands comme des Sedin.

Ces espoirs, fondés ou non, sont la conséquence directe d’un « manque de légende » des partisans montréalais. Sans compter que toutes les tentatives pour nous en procurer une échouent, depuis quelques années : Daniel Brière, Marian Hossa, Vincent Lecavalier. À défaut de pouvoir en attirer une, même à gros prix, Bob Gainey s’est tourné vers le concept d’équipe, vers un « groupe de joueurs » travaillant fort. Les recrues du Tricolore sont fondues sur ce modèle (Pacioretty, D’Agostini, Weber), alors que les joueurs laissés de côté (Kostitsyn, Subban, Desharnais et même Carle) sont plutôt du genre explosif, impulsif, héroïque.

Les immenses changements à la formation, durant la saison morte, n’ont pas été qu’un changement de joueurs : il s’agissait bel et bien d’un changement profond et radical de philosophie (Eric Engels l’a bien expliqué).

On a beau dire que tous les moyens sont bons pour faire gagner l’équipe, des Canadiens portés par Scott Gomez seront beaucoup moins aimés que des Canadiens portés par Alex Kovalev. Ne me comprenez pas mal : Gomez, Gionta et Cammalleri sont, à mon sens, meilleurs que Kovalev, Koivu et Tanguay. Seulement, lorsque je repense aux joueurs tricolores des quinze dernières années, me viennent naturellement en tête les noms de Steve Bégin et de Gino Odjick. Pas Pierre Turgeon ou Mike Ribeiro. Bégin et Odjick. Comme une nostalgie de ceux dont on a envie de scander le nom, but ou pas but, simplement pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils font.

Certains diront que cet état de notre imaginaire collectif, largement partagé par le duo Gainey-Carbonneau pendant quelques années, a causé notre malheur et nos déboires. Ils auront marqué un point.
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