J’étais vêtu de mon chandail bleu, blanc et rouge. Accompagné de plusieurs personnes qui me sont chères, je me dirigeais vers le Centre Bell pour ce qui allait probablement être ma seule partie LIVE des Canadiens cette saison.
« Les Hurricanes, easy! On va avoir droit à tout un spectacle! Ils sont derniers dans la Ligue! », pensai-je.
Belle naïveté…
C’est ce que j’aime en moi. Cet espoir en les choses de la vie. Par contre, je sursaute toujours un peu quand la réalité frappe… Elle n’est pas venue brusquement cette fois-ci, la réalité. Non. Elle me guettait. Elle m’a même endormi un peu avec un but rapide de Pacioretty.
« Facile. Ça va être trop facile! », continuai-je à fabuler en donnant des « binnes » sur l’épaule de mon beau-père.
Mais peu à peu (ou comme dirait l’hyperbole : « Tranquillement, pas vite »), je suis retombé sur terre. Difficile pour les genoux si on tient en compte que je me trouvais dans les gris… Toujours est-il que la suite m’endormit tel un anesthésient sur une table d’opération. Et comme ce relaxant, il était clair que j’allais me réveiller avec un mal de cœur…
Passes des défenseurs à travers l’enclave, revirements en zone neutre, lancers sur le gardien de la ligne rouge. Tout était là pour faire de ce spectacle une réelle séance d’hypnose. À un certain moment donné, je me suis même mis à ressentir une certaine colère. Fâché d’avoir fait des centaines de kilomètres pour assister à ÇÀ… Furieux d’avoir demandé congé il y a des mois pour assister à ÇÀ. Mais je ne suis pas tombé dans l’irrespect par contre. Et même si plusieurs des 21 273 spectateurs présents se sont donnés un malin plaisir à huer leurs favoris, je continuais à visionner cette prestation dénudée de sens.
Heureusement,
Manny Legace a eu pitié de l’ensemble de cette prestation et a joué au Père-Noël avec un peu moins de cinq minutes à jouer au match en échappant littéralement une rondelle lancée maladroitement par Andrei Kostitsyn. Et Bang! En une seule fraction de seconde, la foule a disjoncté. Du Ying, nous étions passés au Yang… L’ambiance, comme si elle n’avait quitté, faisait trembler les fondations du Centre Bell. Du coup, je me suis rappelé pourquoi j’avais fait des centaines de kilomètres, pourquoi j’avais pris congé… Pour çà.
Et ça s’est poursuivi en prolongation alors que
Carey Price, comme un seul homme, durant un désavantage numérique, a repoussé la horde de rondelles dirigées vers lui. Le niveau de décibels était à son paroxysme. Mais le bourdonnement dans mes oreilles n’avait rien d’exaspérant. Au contraire, il était réconfortant. J’espérais que ça continue, que la fusillade m’en donne pour mon argent. Je n’imaginais pas à quel point. Un
Carey Price hargneux s’est dressé devant la cage du Tricolore. Agressif au possible, il a affronté les échappées avec la fougue de sa jeunesse, mais également avec l’intelligence d’un vétéran. Ils auront essayé tan bien que mal les Ruutu, Jokinen, Brind’Amour, Samsonov, Rodney et Cullen. Mais comme Dave dans Slapshot, Price était là. Et quel but de Lapierre! Un peu comme il l’avait fait face au Lightning de Tampa Bay l’an passé, il a attiré Legace du côté du revers avant de le surprendre, partie supérieure, côté rapproché.
« WHATAGOAL!!!! », m’époumonai-je.
C’était l’euphorie totale. Le traditionnel « OLÉ, OLÉ » est venu remplir les estrades jusqu’à ce que l’annonce des Trois Étoiles vienne couronner le tout, Price et Plekanec recevant évidemment le meilleur accueil.
Le retour à la maison serait bien long. Mais avec une si belle fin, digne des plus grands scénarios hollywoodiens, il passerait en un éclair. Des souvenirs mémorables, des images inoubliables, me rappelant à quel point je suis chanceux de pouvoir vivre dans un réel endroit de hockey. D’une foule, aux limites du psychotique certes, mais qui ne demande qu’à voir ses favoris retrouver leurs lettres de noblesse…
Bonne semaine!
Max Lamontagne